L’ART BRUT

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Santoro



  • Homme, femme, cheval, cochon, chameau, grandeur nature. Eugenio Santoro réalise des sculptures de bois d’importantes dimensions représentant des figures animales et humaines. Ces œuvres sont pareilles à des anamorphoses. Gueules et faciès déformés, torsions de la tête, déhanchements, le centre de gravité des corps est perturbé par une nouvelle attraction : le spectateur a le sentiment d’avoir des troubles de la vision. Déséquilibre et distorsion anatomiques sont l’expression d’une déchirure existentielle de l’artiste qui touche au fond intime de son être.

    Santoro est un homme du Mezzogiorno italien, né à Castelmezzano en 1920. Scolarité élémentaire, apprentissage de menuisier. A l’âge de vingt ans, le jeune homme est mobilisé et part au front en Albanie puis au nord de la Grèce, où les pertes italiennes sont effroyables. Prisonnier des Allemands, Santoro est déporté en Basse Rhénanie et enrôlé dans un camp de travaux forcés pendant deux ans. De retour au pays, il devient employé municipal et ouvre ensuite un petit atelier de menuiserie dans le village. A quarante-quatre ans, en 1964, contraint à l’immigration, il fuit la misère de la péninsule méridionale et s’établit en Suisse avec son épouse. Santoro se fait embaucher comme manœuvre dans une usine du vallon de Saint-Imier, dans le Jura bernois, alors en plein développement industriel.

    L’expérience de la guerre et de la déportation, des camps, de la faim, du dénuement puis de l’exil ont marqué cet homme de manière définitive.

    Santoro ne se résigne pourtant pas au silence. Il riposte symboliquement en sculptant, dans son jardin, des troncs d’arbres fruitiers récupérés. La rupture morale qu’il a endurée se lit dans la distorsion physique dont personnages et animaux sont l’objet, qui rend certains d’eux proches de l’effondrement. Les êtres - dont la tête est tournée de côté - disent par ce mouvement le regard vers un passé obsédant, sombre, humiliant, anéantissant.

    Petit et menu de stature, amaigri par les épreuves, l’artiste fait naître du bois Le Géant. Quant à Maria Maddalena, ou La Femme assise, elles évoquent sa fille, qui paraît occuper toutes ses pensées; elles constituent la revanche poétique et sensuelle sur sa tragédie.

    Santoro porte un soin particulier à toutes ses statues. Il les vêt, les pare d’accessoires, les peint quelquefois, et les enduit de vernis. La création une fois terminée dans son atelier de plein air, l’artiste lui fait prendre le chemin de la cave qui lui sert d’abri. Elles y sont emballées et protégées comme ses fidèles complices. L’œuvre de Santoro est celle d’une rébellion sublime, pacifiste.

    La Collection de l’Art Brut présente sculptures, peintures et dessins issus de son fonds, ainsi que des œuvres appartenant à l’artiste ou provenant de collections publiques et privées. Nous tenons à remercier chaleureusement Eugenio Santoro et sa famille de même que prêteurs et donateurs de leur importante contribution. L’exposition propose également des photographies signées Mario del Curto et un film de Dominique Clément qui invitent le public à découvrir l'univers personnel du créateur.

    Vernissage méridional en musique - chant, accordéon, hackbrett et contrebasse - avec Heidi Kipfer, Nikita Pfister, Gérald Perera.

  • Informations pratiques

    Dates

    Du 6 octobre 2004 au 27 février 2005

    Vernissage le mardi 5 octobre 2004 à 18h30

    Commissaire

    Lucienne Peiry

    Catalogue de l’exposition

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    Visite commentée publique gratuite

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