L’ART BRUT

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  • François Burland/ Jacqueline Oyex



    • A l'occasion de la remise de la Distinction Jacqueline Oyex 2013 à François Burland (le 10 septembre 2013 à 18h à la Collection de l'Art Brut), des œuvres de Jacqueline Oyex et de François Burland, deux auteurs appartenant à la collection Neuve Invention, seront exposées à la Collection de l'Art Brut du 3 au 29 septembre.
      Les deux films Les poyas burlesques de François Burland, de Philippe Lespinasse et Fabrice Ferrari  (2012, 35’)  et
      Jacqueline Oyex, de Francis Reusser (2011, 21’) seront  diffusés en continu dans le lieu d’exposition.

      François Burland
      Né en 1958 à Lausanne, autodidacte, François Burland commence à peindre à l’âge de 17 ans. Ses premières grandes compositions se situent dans un registre imaginaire, inspiré par la mythologie, le chamanisme, les contes d’enfants et les récits de chevalerie. Mais il ressent très vite le besoin de confronter son exotisme intime à la réalité. Il voyage à de fréquentes reprises chez les Touaregs du Sahara, non pas en touriste, bien sûr, mais pour partager leur vie nomade. En s’y faisant de véritables amis. Ce qui l’a forcé à rectifier ses clichés romanesques, à intégrer les 4x4, les téléphones portables et les kalachnikovs en coexistence avec les caravanes de dromadaires et avec la magie des sorciers.
      François Burland voyage dans toutes les dimensions, celles de l’espace, du temps, de l’intimité corporelle, des profondeurs mentales. Il passe inopinément d’une série à une autre, en élaborant pour chacune une technique singulière : dessins épiques réalisés aux néocolors sur d’immenses papiers d’emballage, miniatures précieuses ouvrant sur l’infini, nocturnes photographiques sur fond de suie, ou encore jouets réalisés à partir de matériaux de récupération.
      La série récentes des Poyas se présente paradoxalement comme une contre-perspective sur un folklore inattendu, le nôtre : François est de retour, il débarque, toujours en voyageur, dans une Suisse schizophrène qui tente tant bien que mal de concilier ses mythes ancestraux et hypercontemporains. Des vaches imperturbables défilent dans un paysage constellé de symboles renvoyant pêle-mêle au stalinisme, à l’islamisme, à la conquête spatiale, à la publicité, à internet, à l’industrie chocolatière, aux paradis fiscaux, etc. : pâturage improbable, qui se révèle à la lumière de l’étonnement, de l’humour, de la philosophie, de la provocation – de l’art, en un mot.
      (Michel Thévoz)

      Jacqueline Oyex (1931-2006)
      Née à Lausanne en 1931, d’une famille aisée, Jacqueline Oyex fut une enfant surprotégée, en raison sans doute de la mort de son frère jumeau quelques jours après sa naissance. Placée dans un état de solitude et de convalescence permanente, elle passe de longues heures à dessiner. Elle accomplit une scolarité studieuse, et s’inscrit en 1951 à l’Ecole des beaux-arts de Lausanne. Elle est considérée par ses professeurs, notamment le peintre Marcel Poncet et le sculpteur Casimir Reymond, comme une élève talentueuse, mais dont il faut respecter l’indépendance. Après un séjour d’une année à Paris, en 1954-55, auquel une maladie met un terme, elle retourne à Lausanne chez ses parents. En 1965, elle rejoint le groupe des graveurs de L’Epreuve, fondé par Albert-Edgar Yersin. En 1957, Casimir Reymond l’accueille dans son atelier à Lutry. Elle lui voue un amour exalté et platonique, qui ne fera que s’intensifier après son décès en 1969, auquel elle ne veut pas croire. Elle retourne alors vivre chez sa mère, dans un état d’introversion et d’angoisse aggravé. Sujette à des crises de dépression, elle est hospitalisée en 1982, et, à partir de 1984, placée dans un home médicalisé jusqu’à sa mort en 2006.
      Jacqueline Oyex paraît avoir véritablement transféré son identité défaillante dans sa création graphique et picturale. C’est par son œuvre gravé surtout qu’elle s’est fait connaître, compositions oniriques, angoissées, peuplées de visages hiératiques qui fixent le spectateur, silhouettés par une ligne extraordinairement concise. A l’opposé de ce linéarisme minimaliste, et comme sous l’effet d’une oscillation dramatique entre le plein et le vide, les peintures, qui restent à découvrir, se caractérisent par un matiérisme dramatique, au point de noyer les formes dans l’épaisseur de la pâte. S’il fallait leur trouver une ascendance, ce serait du côté de Soutine et de Marcel Poncet. Les dernières années sont marquées par une esthétique de la disparition : les compositions s’amenuisent jusqu’à s’évanouir, comme une expression du désistement social de l’artiste et une anticipation de sa propre fin.
      Vers 1980, l’artiste a déjà fait don à la Collection de l’Art Brut, à laquelle elle portait grand intérêt, d’un ensemble de gravures qui ont été classées dans la collection Neuve Invention.

      La fondation Jacqueline Oyex
      La Fondation Jacqueline Oyex, sise rue Etraz 4, CH-1003 Lausanne, a été créée le 20 avril 2007 à l’initiative de Mme Katia Horber Papazian, nièce de l’artiste, qui la préside. Propriétaire de la plupart des toiles, de l’ensemble de l’œuvre gravé, des plaques, des dessins et des documents, la fondation s’est donné pour objectif la conservation, la diffusion et la mise en valeur de l’œuvre de Jacqueline Oyex auprès des musées et du public. Ainsi a-t-elle été à l’initiative de la rétrospective de 2011 au Musée de Pully, de la publication la même année d’une monographie réalisée par Michel Thévoz, et du site internet www.jacquelineoyex.ch.
    • François Burland
      operation cornichon, 2009
      graphite et pastel gras sur papier d'emballage, 78 x 95 cm
      © crédit photographique
      Collection de l’Art Brut, Lausanne