L’ART BRUT

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Neuve Invention


La collection « Neuve Invention » regroupe un ensemble d’œuvres subversives et inventives (peintures, dessins, sculptures, créations textiles) réalisées par des artistes en porte à faux avec le milieu culturel régi par les galeries et musées. Les auteurs de « Neuve Invention » se démarquent de la création homologuée, notamment par les procédés stylistiques qu’ils mettent en œuvre, les matériaux qu’ils emploient ou leurs choix iconographiques audacieux.

« Neuve Invention » était appelée à l’origine « collection annexe » par Jean Dubuffet, et un moyen d’éluder l’alternative radicale de l’Art Brut et de l’art culturel. Cette collection s’est progressivement enrichie et certains auteurs qui représentaient des cas problématiques au regard de l’Art Brut, en sont devenus les nouveaux porte-drapeaux, comme Louis Soutter, Joseph Sanfourche, Philippe Dereux ou Friederich Schröder-Sonnenstern. Cette collection regroupe notamment des dessins d’enfants, des œuvres naïves ou relevant de l’art populaire, travaux collectionnés par Dubuffet au début de ses prospections. On y recense aussi des œuvres réalisées par des personnes réellement marginales, mais dont les productions se rapprochent trop des créations issues de la culture visuelle occidentale.

Cette nouvelle terminologie intervient à un moment où, à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, on assiste à une évolution de la production artistique. De plus en plus d’artistes suivant des filières de formation habituelles cherchent à contourner les systèmes de diffusion et de valorisation marchande (musées, galeries, expositions) qu’ils ressentent comme asphyxiants. « Neuve Invention » devient dès lors pour eux une nouvelle voie de diffusion de leur travail, correspondant à leur état d’esprit, leurs valeurs, leurs audaces et leur désinvolture. « Neuve Invention » est perçue comme un espace de liberté et d’inventivité dans lequel ils se reconnaissent. D’autre part, les artistes revendiquent volontiers leur position entre l’Art Brut et l’art culturel, et désirent profiter du mouvement d’ouverture de la Collection de l’Art Brut, à Lausanne.

Michel Thévoz premier directeur du musée de 1976 à 2001, voit dans les positions de ces auteurs une contestation culturelle et institutionnelle, et une alternative possible à la commercialisation et à la vedettarisation artistiques. Dès lors, cette collection prend son essor et se développe par des achats et des dons d’œuvres, notamment des dessins de Albert Louden, Jean-Pierre Nadau, Carol Bailly, Marta Grunenwaldt, Victorien Sardou, J.B. Murry, des travaux textiles de Danielle Jacqui et Jacques Trovic, des sculptures en bois de Rodolpho Abella, des aquarelles de Ody Saban; des corpus importants de dessins de Claudia Sattler, François Burland, Rosemarie Koczÿ ou de mail art de Alain Arneodo l’enrichissent encore. Michel Thévoz renforce des ensembles d’œuvres acquis par Dubuffet, notamment des travaux de Joseph Sanfourche, Ignacio Carles-Tolrà ou Marie-Rose Lortet. Des expositions consacrées aux auteurs de « Neuve Invention » ̵ Gérard Lattier, Rosemarie Koczÿ, Benno Kaiser ou Lena Vandrey ̵  sont organisées au musée, dans une salle spécifique, ainsi qu’en France et en Espagne, entre autres.

Bibliographie :
Dubuffet, Jean. Catalogue de la Collection de l’Art Brut. Paris, 1971.
Maizels, John. Raw Creation. Outsider Art and Beyond. London, 1996, p. 126-137.
Neuve Invention. Lausanne, 1988.
Peiry, Lucienne. Art Brut. The Origins of Outsider Art. Paris, 2001.

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