L’ART BRUT

FR | EN

Neuve Invention


C’est en 1982 que Jean Dubuffet donne le nom de « Neuve Invention » à  ses  « collections annexes ». La collection « Neuve Invention » regroupe un ensemble d’œuvres subversives et inventives (peintures, dessins, sculptures, créations textiles) réalisées par des artistes en porte à faux avec le milieu culturel régi par les galeries et musées. Les auteurs de « Neuve Invention » se démarquent de la création homologuée, notamment par les procédés stylistiques qu’ils mettent en œuvre, les matériaux qu’ils emploient ou leurs choix iconographiques audacieux. Leurs oeuvres sont porteuses d’un vent nouveau. La collection « Neuve Invention » est conservée à la Collection de l’Art Brut.


Cette nouvelle terminologie intervient à un moment où, à la fin des années soixante-dix et au début des années quatre-vingt, on assiste à une évolution de la production artistique. De plus en plus d’artistes suivant des filières de formation habituelles cherchent à contourner les systèmes de diffusion et de valorisation marchande (musées, galeries, expositions) qu’ils ressentent comme asphyxiants. « Neuve Invention » devient dès lors pour eux une nouvelle voie de diffusion de leur travail, correspondant à leur état d’esprit, leurs valeurs, leurs audaces et leur désinvolture. « Neuve Invention » est perçue comme un espace de liberté et d’inventivité dans lequel ils se reconnaissent. D’autre part, les artistes revendiquent volontiers leur position entre l’Art Brut et l’art culturel, et désirent profiter du mouvement d’ouverture de la Collection de l’Art Brut, à Lausanne. Ils sollicitent son conservateur,  Michel Thévoz, qui, assisté de Geneviève Roulin, dirige l’institution de 1976 à 2001, comme si, enfin, un lieu correspondait à leur démarche.

Michel Thévoz voit dans les positions de ces auteurs une contestation culturelle et institutionnelle, et une alternative possible à la commercialisation et à la vedettarisation artistiques. Dès lors, cette collection prend son essor et se développe par des achats et des dons d’œuvres, notamment des dessins de Albert Louden, Jean-Pierre Nadau, Carol Bailly, Marta Grunenwaldt, Victorien Sardou, J.B. Murry, des travaux textiles de Danielle Jacqui et Jacques Trovic, des sculptures en bois de Rodolpho Abella, des aquarelles de Ody Saban; des corpus importants de dessins de Claudia Sattler, François Burland, Rosemarie Koczÿ ou de mail art de Alain Arneodo l’enrichissent encore. Michel Thévoz renforce des ensembles d’œuvres acquis par Dubuffet, notamment des travaux de Joseph Sanfourche, Ignacio Carles-Tolrà ou Marie-Rose Lortet. Des expositions consacrées aux auteurs de « Neuve Invention » ̵ Gérard Lattier, Rosemarie Koczÿ, Benno Kaiser ou Lena Vandrey ̵  sont organisées au musée, dans une salle spécifique, ainsi qu’en France et en Espagne, entre autres.

« Neuve Invention » était d’abord un lieu de relégation des cas douteux et un moyen d’éluder l’alternative radicale de l’Art Brut et de l’art culturel. Elle s’est progressivement enrichie : certains auteurs qui représentaient des cas problématiques au regard de l’Art Brut, deviennent les nouveaux porte-drapeaux, comme Louis Soutter, Joseph Sanfourche, Philippe Dereux ou Friederich Schröder-Sonnenstern. On y trouve des productions d’auteurs dont la démarche ne procède pas de la rupture aussi radicale que les auteurs d’Art Brut, comme Slavko Kopac ou Giordano Falzoni. Y sont regroupés également des dessins d’enfants, des œuvres naïves ou relevant de l’art populaire, travaux collectionnés par Dubuffet au début de ses prospections. On y recense aussi des oeuvres réalisées par des personnes réellement marginales, mais dont les productions se rapprochent trop des créations issues de la culture visuelle occidentale, par exemple, Friederich Schröder-Sonnenstern ou Alcide.

Avec l’accord de Jean Dubuffet jusqu’à son décès en 1985, puis de son propre chef, Michel Thévoz intégre ou réintègre dans l’Art Brut Louis Soutter, Giovanni Battista Podestà, Michel Nedjar, Gaston Chaissac, Paul Goesch, précédemment affiliés à « Neuve Invention » ; il présente désormais quelques œuvres de ces auteurs dans la collection permanente du musée.

Encouragée par la profusion de lieux institutionnels ou galeries proposant des oeuvres sous le label « Neuve Invention », Lucienne Peiry, qui a dirigé l’institution entre 2001 et 2011, a choisi de mettre davantage l’accent sur les auteurs d’Art Brut. Des dons réguliers continuent à enrichir cette collection.

Bibliographie :
Dubuffet, Jean. Catalogue de la Collection de l’Art Brut. Paris, 1971.
Maizels, John. Raw Creation. Outsider Art and Beyond. London, 1996, p. 126-137.
Neuve Invention. Lausanne, 1988.
Peiry, Lucienne. Art Brut. The Origins of Outsider Art. Paris, 2001.

Actualités

27.11.2014
Participation de Sarah Lombardi au Colloque international "Art Brut et Matérialité: de l'imaginaire à l'œuvre." [...]

18.10.2014
Conférence de Sarah Lombardi au Museum im Lagerhaus St.Gallen [...]

26.09.2014
Conférence de Lucienne Peiry sur Edith Boissonnas [...]

28.06.2014
Conférence de Lucienne Peiry sur Joseph Hofer [...]