ART BRUT ET COMPAGNIE DANS L’HISTOIRE
1923
Jean Dubuffet, conscrit de vingt-deux ans, effectue son service militaire au service météorologique de la tour Eiffel, à Paris. A l’occasion d’une enquête, il découvre les cahiers illustrés de Clémentine Ripoche, dont les dessins visionnaires interprètent la configuration de nuages. Il engage avec elle une correspondance pendant près d’une année et dactylographie chacune de ses lettres – des textes de nature médiumnique. Par la suite, Jean Dubuffet correspondra à plusieurs reprises avec des médiums et des voyants.
1945
Jean Dubuffet quitte définitivement son négoce de vins pour se consacrer à la peinture et entreprend son premier voyage de prospection dans les hôpitaux psychiatriques et les prisons, en Suisse, puis en France. Il visite des collections asilaires et rencontre des écrivains, artistes, éditeurs, ainsi que des conservateurs de musée, médecins et directeurs de prison avec lesquels il noue des liens d’amitié. Le professeur Charles Ladame, directeur de l’asile de Bel-Air, à Genève, a installé un petit cabinet dans un pavillon de l’hôpital, dans lequel sont présentées des œuvres d’aliénés collectées au cours de sa carrière, ainsi que celles de patients de l’établissement. Il lui offrira plus tard quarante dessins. A son retour en France, Jean Dubuffet propose une première définition de l’Art Brut.
1947
Le Foyer de l’Art Brut ouvre ses portes dans deux salles mises à sa disposition au sous-sol de la galerie René Drouin, place Vendôme, au cœur de Paris. Diverses œuvres y sont présentées, notamment d’Adolf Wölfli, Joseph-Fleury Crépin, Aloïse, Miguel Hernandez et Henri Salingardes. Parution la même année du premier fascicule de la collection de Jean Dubuffet consacré aux sculptures anonymes, désignées sous le nom de « Barbus Müller », en référence au nom du célèbre collectionneur suisse Josef Müller qui les a acquises au début des années quarante.
1948
Fondation de La Compagnie de l’Art Brut à Paris par Jean Dubuffet, assisté d’André Breton, Jean Paulhan, Charles Ratton, Henri-Pierre Roché et Michel Tapié. Elle est installée dans un petit pavillon gracieusement prêté par l’éditeur Gaston Gallimard, rue de l’Université. Quelques expositions y sont organisées – consacrées notamment à Adolf Wölfli, Aloïse, Joaquim Vincens Gironella. Projet avorté d’un Almanach de l’Art Brut pour lequel André Breton avait rédigé un article sur l’artiste Joseph-Fleury Crépin, ainsi que l’article « L’Art des fous, la clé des champs », qui sera publié la même année aux éditions de La Pléiade.
1949
Jean Dubuffet précise sa définition de l’Art Brut dans « L’Art Brut préféré aux arts culturels ». Ce texte, qui a valeur de manifeste, figure dans le catalogue accompagnant la première exposition d’ensemble de La Compagnie de l’Art Brut, à la galerie René Drouin, à Paris : deux cents œuvres de soixante-trois auteurs y sont présentées. La manifestation attire l’attention de Francis Ponge, Henri Michaux, Juan Miro, Claude Lévi-Strauss notamment. Grâce à une active prospection en France et à l’étranger menée principalement par Jean Dubuffet, ainsi que par les membres de la Compagnie, la collection s’enrichit considérablement.
1951
André Breton démissionne de La Compagnie de l’Art Brut, qui sera dissoute la même année à la suite de difficultés diverses, dont l’exiguité des locaux. Jean Dubuffet confie alors sa collection d’Art Brut au peintre Alfonso Ossorio, qui la conserve à East Hampton, près de New York. Elle y restera exilée pendant plus de dix ans. La collection comprend à cette époque mille deux cents œuvres d’une centaine d’auteurs.
1959
Installé à Vence, en France, Jean Dubuffet, se remet en quête d’œuvres d’Art Brut en compagnie du galeriste Alphonse Chave, qui présente une exposition intitulée L’Art Brut à la Galerie Chave.
1962
Exposition d’une sélection d’œuvres de la collection d’Art Brut de Jean Dubuffet à la galerie Cordier & Ekström, à New York, avant le retour de l’ensemble de la collection à Paris, dans un hôtel particulier situé au 137, rue de Sèvres. La Compagnie de l’Art Brut est alors constituée une seconde fois et élit domicile au même lieu, transformé en centre d’études. Le conservateur en est Slavko Kopac. La collection se développe encore grâce à de nombreux achats et donations: deux mille œuvres de deux cents auteurs sont recensées.
1964-1966
De retour d’un voyage de prospection en Suisse, à Bâle et Berne, ainsi qu’en Allemagne, à Heidelberg, où il découvre la collection Prinzhorn, Jean Dubuffet entreprend les premières « Publications de la Compagnie de L’Art Brut » (fascicules 1 à 8). Le premier numéro est consacré notamment aux dessins médiumniques de Raphaël Lonné.
1967
Grande exposition intitulée L’Art Brut au Musée des Arts Décoratifs de la Ville de Paris. Pour la première fois depuis 1949, le public découvre une importante sélection des collections de l’Art Brut: plus de sept cents œuvres, de septante-cinq auteurs. Préface du catalogue par Jean Dubuffet: « Place à l’incivisme ».
1971
Désireux d’assurer un statut public à sa collection, Jean Dubuffet l’offre à la Ville de Lausanne. Ratification de la convention de transfert par les autorités municipales lausannoises. La collection comporte à cette époque un peu plus de quatre mille œuvres. Une partie du château de Beaulieu, maison de maître du XVIIIe siècle, sera aménagée en musée. Le catalogue de la Collection de l’Art Brut, préalablement édité, recense quatre mille cents œuvres de cent trente-cinq auteurs. Une série d’œuvres supplémentaires (mille deux-cents) qui sont considérées comme des cas secondaires sont placées dans une collection annexe où figurera notamment Gaston Chaissac.
1972
Ouverture de l’Atelier Jacob, à Paris, par Alain Bourbonnais, architecte, peintre, sculpteur et prospecteur d’art singulier. Publication de l’ouvrage Outsider Art de Roger Cardinal, à Londres.
1973
Reprise des « Publications de la Compagnie de L’Art Brut » (fascicule 9). Les neuf numéros suivants paraîtront au cours des vingt années ultérieures.
1975
Transfert des collections de l’Art Brut à Lausanne, au château de Beaulieu réaménagé. Michel Thévoz publie L’Art Brut, avec une préface de Jean Dubuffet, aux éditions Skira, à Genève.
1976
Inauguration de la Collection de l’Art Brut, à Lausanne. Michel Thévoz est nommé conservateur. Il est assisté de Geneviève Roulin.
1978
Alain Bourbonnais et Michel Ragon organisent l’exposition Les Singuliers de l’art au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.
1979
L’exposition Outsiders à la Hayward Gallery, à Londres – qui reprend partiellement Les Singuliers de l’art présentée l’année précédente à Paris – réunit quatre cents œuvres provenant de musées et de collections européennes et américaines.
1981
Monika Kinley et Victor Musgrave créent The Outsider Archive, à Londres.
La Ville de Chartres, en France, acquiert la maison de Picassiette. Fermeture de l’Atelier Jacob, à Paris.
1982
Ouverture de Das Haus der Künstler à l’hôpital psychiatrique de Klosterneuburg, près de Vienne, sous la direction du Dr Leo Navratil. Jean Dubuffet nomme désormais la collection annexe à celle de l’Art Brut : Neuve Invention.
1983
Ouverture de La Fabuloserie à Dicy, au sud-est de Paris, par Caroline et Alain Bourbonnais.
1984
Ouverture au public de la collection de L’Aracine, à Neuilly-sur-Marne, près de Paris, dirigée par Madeleine Lommel, Michel Nedjar et Claire Teller.
1985
Mort de Jean Dubuffet.
1986
Le Dr Johann Feilacher succède à Leo Navratil à la tête de Das Haus der Künstler, en Autriche. La Fondation Peggy Guggenheim, à Venise, présente l’exposition Jean Dubuffet et l’Art Brut. Ouverture à Bruxelles du centre de recherche, de diffusion et d’exposition Art en Marge, dirigé par Françoise Henrion.
1988
Ouverture du Museum im Lagerhaus à Saint-Gall, en Suisse.
1989
Le peintre anglais John Maizels crée à Londres le magazine Raw Vision – International Journal of Intuitive and Visionary Art –, une revue spécialisée consacrée à l’Art Brut, l’Outsider Art et l’art populaire à une échelle internationale.
1990
Ouverture du Site de la Création Franche, à Bègles, près de Bordeaux, par Gérard Sendrey.
1993
Inauguration de la première « Outsider Art Fair » à New York qui réunit chaque année des galeries internationales d’Art Brut et d’art populaire.
1994
Inauguration de la Collection Cérès Franco à Lagrasse, près de Carcassonne, en France. Ouverture du Stadshof Museum à Zwolle, aux Pays-Bas.
1995
La Collection de l’Art Brut compte plus de vingt mille œuvres. Le vingtième anniversaire de sa fondation est célébré par l’exposition Art Brut & Cie, la face cachée de l’art contemporain à la Halle Saint-Pierre, à Paris.
Exposition intitulée La Beauté insensée au Palais des Beaux-Arts de Charleroi, en Belgique, puis à la Collection de l’Art Brut, à Lausanne, qui présente des œuvres de la collection Prinzhorn. Ouverture de l’American Visionary Art Museum à Baltimore, aux Etats-Unis, dirigé par Rebecca Hoffberger.
1997
Lucienne Peiry publie L’Art Brut, consacré à l’histoire de la Collection de l’Art Brut aux Editions Flammarion. Donation de la collection L’Aracine au Musée d’Art moderne de Villeneuve-d’Ascq, à Lille, en France.
1998
Exposition Art outsider et folk art des collections de Chicago à la Halle Saint-Pierre, à Paris.
1999
Création de l’Association ABCD – Art Brut, Connaissance & diffusion – à Paris.
2001
Début de la tournée américaine de l’exposition abcd, a collection of art brut, qui se déroule sur trois ans. Mort de Geneviève Roulin, conservatrice adjointe de la Collection de l’Art Brut à Lausanne. Lucienne Peiry succède à Michel Thévoz à la direction de la Collection de l’Art Brut. Inauguration du nouveau bâtiment de l’American Folk Art Museum, à New York. Fermeture du Stadshof Museum, à Zwolle, aux Pays-Bas. La collection sera transférée l’année suivante au Musée du Dr Guislain, à Gand, en Belgique.
2002
Symposium intitulé « Inside Outisder Art » consacré à l’Art Brut, à la Tate Modern, à Londres.
2003
Agrandissement de la Collection de l’Art Brut, à Lausanne. Plusieurs symposiums et colloques sur l’Art Brut se multiplient à travers le monde, notamment en Belgique, au Québec et en Finlande.
2004
Exposition de la collection ABCD, A Corps perdu, au Pavillon des arts, à Paris. Symposium intitulé « Margins and Mainstream » organisé par le Creative Growth Art Center, à Oakland, Californie.
2005
Exposition Im Rausch der Kunst – Dubuffet und Art Brut au Museum Kunst Palast, à Dusseldorf, en collaboration avec la Collection de l’Art Brut. L’exposition est présentée la même année dans une version légèrement différente à la Collection de l’Art Brut, à Lausanne.